VERSAILLES (CHÂTEAU DE)


VERSAILLES (CHÂTEAU DE)
VERSAILLES (CHÂTEAU DE)

VERSAILLES CHÂTEAU DE

Si Louis XIV, quittant Paris, abandonne le grand dessein du Louvre, c’est pour se consacrer tout entier à une entreprise encore plus fastueuse, qui doit émaner de son seul désir: la création de Versailles. La symbolique attachée à la résidence du souverain acquiert à Versailles une dimension inconnue jusqu’alors, non seulement par l’ampleur et la qualité du site, des constructions et du décor, mais aussi par la cohésion d’un programme iconographique, à la fois stimulant et aboutissement d’une harmonieuse féerie qui est demeurée le symbole du classicisme. La transformation du petit château «brique et pierre» de Louis XIII (1624-1638) en un vaste palais de pierre et de marbre s’effectue en plusieurs étapes, sous le contrôle personnel de Louis XIV. Et si elle correspond d’abord aux nécessités d’adaptation en résidence royale de ce qui n’était, à l’origine, qu’un rendez-vous de chasse, cette transformation devient vite une recréation complète quand le roi décide d’y loger la cour. À ce moment, le développement des jardins, des pièces d’eau et de la ville neuve de Versailles (1671), qui s’articulent autour des appartements royaux, donne à ce vaste complexe l’aspect d’un microcosme: on ne peut en effet dissocier l’ensemble formé par les jardins et le parc, le château et la ville qui s’inscrit dans un territoire de plus de 6 600 hectares. Le tracé rayonnant des avenues du parc et la patte d’oie qui conduit, par-delà la place d’Armes, à la cour de Marbre, sont les éléments tangibles de cette volonté de puissance centralisatrice, dans laquelle s’insère la trame orthogonale des allées des jardins et des rues de la ville. Cette structuration de l’espace reflétait si bien le pouvoir absolu que les souverains d’Europe l’adoptèrent au XVIIIe siècle dans un grand nombre de châteaux imités de Versailles.

L’architecte Le Vau, le peintre Le Brun et le jardinier Le Nôtre, les créateurs du château de Vaux-le-Vicomte (1656-1661), furent choisis par Louis XIV pour mener à bien les travaux de Versailles. Ceux-ci peuvent schématiquement se diviser en trois grandes périodes continues. Entre 1661 et 1666, Le Vau remanie de fond en comble le petit château Louis XIII, décore les murs de bustes, de colonnes de marbre et de grilles dorées, nuançant de la sorte la coloration délicate de la brique. Il construit aussi des communs de part et d’autre de l’entrée du château, ainsi que la première orangerie et la ménagerie (détruites) dans le Petit Parc, dont Le Nôtre trace les nouveaux parterres et les bassins et où les sculpteurs Lerambert et M. Anguier exécutent une série de termes en pierre. L’importante machinerie hydraulique est exécutée par les Francine. Enfin, le Potager du roi, création de La Quintinie, ingénieur horticole, devait servir à l’approvisionnement de la Cour, mais ce fut aussi un lieu d’expérimentation pour la culture des fruits et des légumes. Une tempête a dévasté, en février 1990, le parc, abattant en une nuit plus de 1 300 arbres. Versailles n’est alors qu’un lieu de fêtes où le décor se fixe peu à peu: en 1664, pour la fête des Plaisirs de l’île enchantée, la cour de Marbre reçoit une décoration définitive, qui est demeurée, à peu de chose près, celle du noyau actuel du château. Celui-ci subit une transformation radicale entre 1666 et 1683. Le vieux château est doublé, du côté du jardin, par trois corps de bâtiment qui respectent le plan en U de la construction primitive. Les nouvelles façades de Le Vau, en pierre de Saint-Leu, s’étirent majestueusement dans un style sobre et élégant, tandis que les appartements royaux déploient tout le faste des ors, des marbres, des miroirs et des peintures marouflées. La décoration des grands appartements (1661-1681), qui précède l’installation définitive de la Cour à Versailles (1682), fut réalisée sous la direction de Le Brun par un grand nombre d’artistes: Houasse, J. Rousseau, C. Audran, J. Jouvenet peignent les plafonds et les tableaux des voussures des salons de l’Abondance, de Vénus, de Diane, de Mars, etc. Cet ensemble culmine avec l’escalier des Ambassadeurs (détruit), la chambre du Trône (salon d’Apollon) et la galerie des Glaces, construite par J. Hardouin-Mansart (le successeur de Le Vau, mort en 1670) dans la partie centrale de la façade occidentale, entre le salon de la Guerre et celui de la Paix. Ici, Le Brun exécute une série de peintures admirables, encadrées dans des stucs de Girardon, Regnaudin et des frères Marsy, illustrant les épisodes de la vie du roi selon une iconographie allégorique empruntée au cycle légendaire de l’histoire d’Alexandre et au cycle mythologique d’Apollon. Ce dernier est repris dans les jardins, sur une vaste échelle, pour glorifier le Roi-Soleil. Phœbus, les saisons et les éléments (l’eau en particulier) qui y sont associés apparaissent tour à tour dans des fontaines et des sculptures de plomb doré ou de marbre, ordonnées de part et d’autre du Tapis vert et du parterre d’eau, selon l’axe du Grand Canal. Entre 1670 et 1683, Tuby sculpte le groupe du bassin d’Apollon; les frères Marsy, ceux du bassin de Latone, de l’Encelade, de l’Automne; Girardon exécute pour la grotte de Thétys Apollon servi par les nymphes , ainsi que le bassin de l’Hiver, le bain des nymphes et la pyramide. L’immense «complexe» monarchique ainsi constitué va encore s’amplifier durant les dernières années du règne; l’architecte J. Hardouin-Mansart remplace alors Le Brun dans le rôle d’organisateur des travaux et embellissements. Entre 1683 et 1715, tandis que se développe à l’est la ville de Versailles, Hardouin-Mansart prolonge la façade ouest du château par deux longues ailes en retrait et construit les écuries, l’orangerie, le bosquet de la colonnade et la chapelle (qui ne sera achevée qu’en 1710 par Robert de Cotte). Enfin, dernière expérience originale de cette vaste entreprise, le Grand Trianon, sorte de château de plaisance à côté de la résidence principale, est édifié à l’extrémité du parc (1687-1688). Le programme des sculptures du jardin est complété par de nouvelles séries d’œuvres dues à Girardon, Desjardins, Guérin..., tandis que P. Puget livre, à la suite du Milon de Crotone , son groupe de Persée et Andromène (1685). Versailles apparaît alors comme le foyer le plus intense de la sculpture monumentale. Antoine Coysevox, qui domine la dernière période du règne (Nymphe à la coquille , bas-relief du salon de la Guerre), accentuera bientôt le retour à l’antique qui caractérise l’école de Versailles.

Sous le règne de Louis XV, de nombreux embellissements contribuent encore à faire de Versailles un des plus importants chantiers artistiques de l’Europe: dans les jardins, E. Bouchardon, L. S. Adam et J.-B. Lemoyne continuent la tradition de leurs prédécesseurs au bassin de Neptune (1738-1740); à l’intérieur du château sont créés une série de petits appartements, moins solennels et plus confortables, sous la direction de A. J. Gabriel; dans l’aile nord, de 1768 à 1770, A. J. Gabriel élève avec l’aide des architectes Bélanger, De Wailly et du machiniste Arnoult la salle de l’Opéra, véritable archétype, pour plus d’un siècle, des salles de spectacle françaises. Enfin, le Petit Trianon, que A. J. Gabriel est chargé de construire pour Mme de Pompadour, est édifié entre 1763 et 1768. C’est la reine Marie-Antoinette qui en profitera peu de temps après, aménageant à l’entour un parc à l’anglaise agrémenté de fabriques dues à son architecte R. Mique (temple d’Amour, «Hameau», «Laiterie»). C’est aussi sous le règne de Louis XVI que les jardins sont replantés. Il faut attendre le règne de Louis-Philippe pour que le château, devenu musée historique dédié «à toutes les gloires de la France» en 1833, et inauguré en 1837, connaisse de nouveaux aménagements. La galerie des Batailles, par exemple, construite en 1836 par les architectes Fontaine et Nepveu dans l’aile du midi, abrite une série de grandes toiles dues aux plus célèbres peintres de l’époque (Delacroix, Gérard, Devéria, H. Vernet...).

Théâtre d’un paradoxe majeur (ce haut lieu de la mémoire nationale, symbole de la monarchie, accueille le Congrès du Parlement lorsque celui-ci est appelé à se prononcer sur des révisions de la Constitution de la République), Versailles est l’un des sites les plus prestigieux et les plus visités du monde: chaque année, le château accueille 3,5 millions de visiteurs, et le parc près du double sans doute; l’amateur d’art y côtoie le touriste et les pratiques de loisir des visiteurs de proximité. La conservation d’un patrimoine unique s’y trouve confrontée à une fréquentation massive trop souvent préjudiciable; la gestion du grand domaine historique a été parcellisée et confiée à de multiples organismes et administrations.

Pour poursuivre la rénovation du parc, du château et de ses collections, reconstituer progressivement le domaine, améliorer l’accueil du public, apporter à la ville et au monument une animation conforme à l’esprit des lieux, permettre le dialogue de tous ceux qui œuvrent sur le site, le musée et le domaine national de Versailles ont été dotés d’un nouveau statut. Ils sont devenus, par décret du 27 avril 1995, établissement public administratif sous tutelle du ministère de la Culture.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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